Lettres d'amour, mode d'emploi

Date  20.10.2001
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Doux, les billets doux. Impudiques parfois, pressants, exaltés. Mais qui en écrit encore ? Car il y faut du temps, de l’attention et même un rituel, toutes choses superflues lorsqu’on communique par SMS. Lettres d’amour mode d’emploi, sous la conduite experte d’une certaine Orchydia.

Parce que l’orchidée est la fleur de l’amour, mystérieuse et secrète, la jeune s’est donné le pseudonyme d’Orchydia. Elle le porte fièrement, bien dressée sur sa hampe, plantureuse, lisse, parfumée. Cet atelier sur les lettres d’amour est le septième qu’elle anime, tous d’un genre différent, tous axés sur l’érotisme. Le matin même, elle a envoyé un mot à tous les participants, pour les inviter à s’ouvrir, déjà, à leur mission du soir. Subtile, elle a choisit une citation paradoxale pour les déboussoler un peu : « Les seules lettres d’amour qu’une femme voudrait recevoir d’un homme sont celles qui ne devraient jamais être écrites. »

Le rendez-vous est pour 19h00, à la librairie de l’érotisme, Corps et Âme, 23 rue des Bains à Genève. Un lieu intime et chaleureux, tenu par Anne Valloton. Orchydia l’a découvert par hasard, ou presque, lorsque son mari lui a offert un bouquin sur les mots de l’amour qu’il avait trouvé là. Le mari est absent, mais a fait livré un somptueux bouquet. « Il me soutient dans tout ce que j’aime faire », avoue la belle, reconnaissante. Près de la vitrine, deux ou trois bouteilles à déboucher, d’appétissantes petites choses à grignoter. Dans l’arrière-salle, des fauteuils où s’installer. Le décor a été planté pour signifier qu’ici, tout naturellement, nous allions rompre avec notre journée de travail et notre course pour arriver à l’heure. Oublier l’extérieur qui palpite encore, puis nous tourner vers l’intérieur, apaisés.
Dominique, Susy, Philippe, Martial, Donatienne et les autres arrivent à la débandade. Lorsque tous sont là, l’atelier débute par les présentations. Puis Orchydia cite voluptueusement Sénèque : « Ce qui est difficile, ce n’est pas de faire, mais d’oser ! » et elle prononce ce mot : compromettant.

Une lettre d’amour doit être compromettante, dit-elle. La distance permet l’audace. La sagesse n’est ici pas de mise, il s’agit de bouleverser l’esprit, le cœur et le corps. De maintenir la tension entre l’être aimé et soi-même. De dresser une passerelle sur le rêvc. Certains d’entre nous se recroquevillent, soudain peur sûrs d’être à la hauteur d’une telle ambition. « Je suis plus un homme d’action qu’un homme de lettre », souffle Martial pendant que ses belles épaules, prises dans un blouson de cuir noir, se dégonflent.

Mais rien n’arrête Orchydia, convaincue que nous allons nous surprendre nous-mêmes. Elle indique quelques préliminaires : choisir son papier, sa plume, le timbre, la couleur de l’encre, le parfum même, si l’on veut, ou une petite fleur séchée, une photographie, un objet à glisser dans l’enveloppe. Elle propose la trame, sans fermer la porte aux approches plus personnelles : apostropher le destinataire par un petit nom intime, ma douce tigresse, mon guerrier d’amour. Raconter ensuite avec impudeur ce qu’on aime faire avec lui, le trouble dans lequel il nous plonge, jusqu’au baiser final, comme si on se quittait après un rendez-vous galant.

« On peut tricher, comme dans les Liaisons dangereuses », suggère un participant. « Ce n’est pas le but, tranche Orchydia. Sans cela, ce n’est pas la peine d’écrire une lettre d’amour. » Pour la mise en condition, elle nous accorde quelques minutes d’écriture spontanée. Penser à celui ou celle qui va nous lire, et lister tous les mots qui nous viennent à l’esprit pour en faire un réservoir dans lequel puiser ensuite. Puis, elle nous fait choisir des papiers à lettre de couleur, pour recopier nos missives une fois le brouillon terminé. Histoire de corser encore l’exercice, chaque enveloppe contient une citation qu’il s’agira d’intégrer dans le corps de l’histoire. « Si mon amour pour toi était un grain de sable, je t’offrirais un désert ». « Le verbe aimer est le plus difficile à conjuguer : son passé n’est jamais simple, son présent n’est qu’indicatif et son futur est toujours conditionnel ». « Il m’a fallut une seconde pour t’aimer, il me faudra une éternité pour t’oublier ». « Si tu dois un jour me quitter, dis-le moi sous la pluie pour ne pas voir mes larmes couler ». Et caetera.

A nous, maintenant, de libérer notre énergie érotique, de convoquer nos sens, d’imaginer une proposition indécente, un rendez-vous audacieux, exceptionnel, d’interpeller l’être aimé.

Le silence s’installe. Douze novices se concentrent. Vers 22h00, tout est accompli. Vite, un verre, un blini au saumon, un grain de raisin. Puis le partage. Ceux qui le veulent - ils sont quatre – liront leur lettre aux autres. Les timides, les secrets la garderont pour eux. De retour à la maison, ils la jetteront, la brûleront ou l’expédieront. « C’est très vivant, ce qui se passe ici, dit Pascale. Je suis heureuse d’être là. » Tout le monde dit oui, aussi, avant de se disperser joyeusement dans la nuit. Orchydia, mission accomplie, rentre chez elle embrasser ses deux enfants endormis avant de se glisser dans le lit conjugal. Lire la suite...

Le Temps, Françoise Boulianne, 20 octobre 2001

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